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8 fausses bonnes idées pour les IHM.

Si il y a une chose qui est récurrente dans le domaine des IHM, c’est les « fausses bonnes » idées. Du « concept innovant » au nouveau « paradigme d’interface » en passant par la bonne idée technique mais catastrophique en termes d’IHM, il y a toujours un gars avec une idée « révolutionnaire », un concept, un projet d’étude parfois extrêmement sérieux, parfois totalement fantaisiste qui fait le buzz du moment.

Donc je vous propose une petite liste des concepts les plus fréquents.

Rajouter une dimension. 1D vers 2D, 2D vers 3D

Je pense que c’est le grand gagnant de ce concours. J’avais initialement pensé aux interfaces en 3D qui sont des projets récurrents soit pour remplacer le gestionnaire de fichiers sous Windows ou sous Mac OS X. Puis on voit aussi apparaître des interfaces « zoomables » où en réalité une liste de rubriques est présentée en mosaïque, donc sur deux dimensions au lieu d’une seule dimension.

Bureau en 3D

L’ajout d’une dimension rajoute donc une certaine complexité, il est plus simple de naviguer sur une ligne que sur un plan ou dans l’espace. Les utilisateurs l’ont bien compris mais pas encore tous les « concepteurs » qui veulent en faire toujours plus.

La réalité virtuelle.

Ça, c’est le sujet qui fait rêver, par excellence, la réalité virtuelle ! C’est le fantasme de se projeter dans un autre monde où tout est plus beau. Au-delà de l’aspect ludique et démonstratif, qui est effectivement intéressant dans certains cas, la majorité des applications sont inadaptées. L’exemple type ce sont les tentatives de boutiques virtuelles sur le Web. Un utilisateur va t’il s’embêter à « parcourir » un magasin virtuel, alors qu’un simple champ de recherche ou une navigation lui permet d’accéder à ce qu’il veut en quelques clics ?

Le multitouch vertical à la « Minority report ».

Interface futuriste dans le film "Minority report"

Vous imaginez une grande surface verticale servant d’écran, un gars qui s’agite devant, les bras en l’air, poussant des documents, des images, naviguant dans l’information. C’est beau mais c’est du cinéma ! Plus proche de nous, on a vu apparaître ces deux dernières années avec l’arrivé de Windows 7, des écrans de bureaux multitouch.

Le problème est simple : rester plus de quelques secondes les bras à plus de 30° de la verticale et/ou au-dessus du cœur est rapidement fatiguant. Et je ne parle pas des traces de doigts sur l’écran !

La même interface partout.

Proposer les mêmes fonctions et la même IHM sur l’ensemble des supports (Téléphone, Web, Windows, TV,..) est un grand classique que l’on rencontre souvent sur les projets multisupport. Cela est souvent proposé sous couvert d’assurer une cohérence par rapport à l’expérience qu’en aurait l’utilisateur.

C’est oublier simplement que chaque support est utilisé dans conditions très différentes, le téléphone en situation de mobilité, Windows et le Web en situation de « production », la TV dans une attitude passive. Et donc que chacun a sa propre IHM correspondant à ses contraintes et à ses usages.

La représentation graphique d’un système d’informations.

Je ne parle pas de design d’informations qui est la représentation graphique d’une information particulière.

Mais il existe, par exemple, des moteurs de recherche présentant les résultats sous la forme d’une galaxie de sites. Je parle donc de la génération automatique d’une représentation graphique à partir d’une base de données, d’une recherche sur le Web, d’un gestionnaire de fichiers, ou de tous autres systèmes complexes d’informations.

La limite de la représentation graphique c’est qu’elle a tendance à rajouter de la complexité, à superposer des informations en plus des informations « trop » déjà nombreuses.

Le tout réseau.

Il fut un temps où l’informatique se résumait à un gros ordinateur dans une grande salle et à une série de terminaux se connectant à cet ordinateur. Puis le temps PC, Personnal Computer, vint. Chaque ordinateur tenait sur un bureau, dans un sac, dans une poche. Internet, intranet, les nuages firent leurs apparitions et l’on fit croire que le temps du réseau Roi était arrivé !

Et bien non, les temps de réponses sur les réseaux sont toujours réellement plus longs que les temps de réponses en local ! Votre application locale sera toujours plus performante que celle émulé par trois couches de logiciels et de réseaux. Et l’ergonomie dans tout cela ? Et bien votre cerveau, lui, il est en local (du moins en temps normal !). Et en l’absence de psychotropes, Il fonctionne à plein régime en permanence. Alors à partir d’un dixième de seconde de délais, il perçoit que la réponse n’est pas immédiate et il commence à attendre, au bout d’une ou deux secondes, il passe à autre chose. Cela rompt la fluidité du processus cognitif et ralenti l’usage.

Donc, oui, peu importe où sont les données et l’application mais synchronisées le tout en local avant de les lancer.

La couche de peinture sur un concept ancien.

C’est plus rare comme fausse bonne idée et il faut une certaine culture des IHM pour les détecter. Le principe est simple : prendre un concept ancien et mettre par-dessus une couche de graphisme ou de design, rajouter quelques effets transitions, en faire une vidéo, une présentation. L’auteur n’est d’ailleurs pas souvent conscient qu’il reprend un concept et en toute bonne foi, il le trouve très innovant sauf que c’était innovant il y a 10 ou 20 ans et que depuis on est passé à autre chose de plus efficient.

La réalité augmentée.

La réalité augmentée consiste à afficher des informations par-dessus un environnement réel en lien avec celui-ci. Il existe de nombreux essais de recherche sur le sujet dans différents domaines (armées, transports,…) et quelques applications grand public. La difficulté majeure de la réalité augmentée, c’est qu’elle apporte de l’information là ou il y en a déjà beaucoup (trop). Donc c’est ludique, mais à l’usage c’est envahissant. Une vue simplifiée faisant ressortir l’information pertinente est alors plus adaptée.

Mais la réalité augmentée a sans doute un réel intérêt dans des domaines très spécialisés.

Pour conclure.

Cette liste n’est pas exhaustive, mais c’est qu’on rencontre le plus couramment. Si vous en avez d’autres je suis preneur !

Auteur :

Consultant Freelance en ergonomie et UX depuis 1999 ! Je travaille sur de nombreux supports, des interfaces WIMP à la télévision en passant par les mobiles, le web pour le grand public ou les professionnels.

15 commentaires Ecrire un commentaire

  1. Très pertinent ces remarques, c’est vrai qu’il y a beaucoup de fausses bonnes idées comme ça, souvent encensées d’ailleurs « Vous avez vu la dernière innovation qui permet de voir le truc… »
    Comme l’exemple de Minority Report et du problème lié au « Gorilla arm », je trouve cet exemple très révélateur car ce type d’interaction a fait rêvé beaucoup de personnes.

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  2. Le plus surprenant, c’est de voir comment ces mauvaises idées sont récurrentes comme le passage au 3D ou le tactile bras tendu.
    Par exemple, le problème du « gorilla arm » a été détécté dans les années 70 avec les ordinateurs à crayon optique (avant que le PC ait une souris).
    D’ailleurs ce n’est pas le multitouch vertical qui ne fonctionne pas, c’est l’interaction tactile bras tendu (même en monotactile).

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  3. En lisant cet article, j’ai tout de suite pensé à cette nouvelle mode des salons virtuels.
    Le temps de chargement Flash, l’enfer de la navigation ou l’on galère à trouver son chemin font fuir le visiteur. En revanche, les propriétaires ont l’impression d’avoir ré-inventé le web avec ces artifices qui vont à l’encontre de ce qu’attend l’internaute.

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  4. Petit bemol pour la réalité augmentée…

    Tout va dépendre de l’information « ajoutée » et de la manière dont elle apparait.

    Je pense par exemple aux applications possibles qui « augmenteraient » ce que voit le conducteur d’une voiture : couche infrarouge sur les personnes et animaux, panneaux « virtuels » ou autres indications permettant de « voir » la route à suivre,…

    Bien sûr, tout est dans la subtilité, mais je pense qu’il y a des choses possibles en réalité augmentée.

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  5. @ Sébastien C’est bien la forme qui prime sur l’usage, la fonction, le bénéfice utilisateur…

    @Lapin Tu remarques que ton exemple pertinent présente une situation où la perception serait par ailleurs diminuée, la nuit, dans le brouillard etc…

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  6. Bonjour,

    Je suis presque OK avec toutes tes remarques sauf 2 :)

    1) Le tactile à la Minority Report est exagéré OK. Je me vois mal au bureau bosser comme ça, même si cela pourrait être drôle ! Cependant j’utilise régulièrement des écrans tactiles (style HP Touchsmart) et cela m’apporte un confort vraiment appréciable. Les personnes que j’initie à cette techno me font remonter les mêmes sentiments. Par contre, la souris n’est pas remplacée complètement … elle résiste !

    2) Pour la réalité augmentée, il ne s’agit pas de transformer tout le monde en Terminator. Je rejoins un des commentaires, la techno n’est pertinente que si elle augmente « ce qu’il faut » et « au moment où il le faut ». J’ai l’exemple d’une des dernières interviews de notre blog avec ZeVisit. Un touriste à besoin d’informations quand il cherche un lieu à visiter, pas quand il va chercher son pain !
    Bref je suis plutôt optimiste pour la RA, mais cela tu l’auras compris :)

    Grégory

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  7. Tu pointes le manque de « culture » dans le domaine des IHM et cela est assez central : l’industrie refait souvent des erreurs qui sont pourtant connues depuis une ou deux décennies.
    Il me semble que la vraie « fausse bonne » idée (^_^) relève généralement plus de l’ergonomie que de l’IHM : il s’agit de proposer un mode d’interaction qui n’est pas compatible avec le contexte :
    – la puissance d’interaction implique une complexité IHM (dans le sens scientifique ou celui de Norman : « est simple ce qui ne se compose pas de parties »). Une interface 1D c’est simple, l’utilisateur est sur un Rail. Mais ce n’est pas avec un iPod Classic que l’on va dessiner de manière performante. Une interaction trop simple peut ne pas être compatible avec le contexte (bon, ok, c’est généralement l’inverse ;)
    – Le « tout réseau » mérite une précision. Il me semble que l’erreur n’est pas de mettre les données ou la puissance de calcul dans le réseau : l’erreur, c’est que cela soit perceptible par l’utilisateur. La solution consiste généralement à garder l’IHM en locale. Prenons l’exemple de l’iPhone, qui ne me semble pas être une catastrophe. Lorsque vous faites une recherche, ce sont les monstres de calcul qui turbinent à l’autre bout du monde chez Google qui l’exécutent dans l’instant. Par ailleurs, les données consultées sur ce petit terminal sont, pour la plupart, sur le Net. Ce type de produit préfigure l’ordinateur de demain : l’utilisateur a affaire à une interface ; Il ne se pose pas la question de savoir où sont physiquement les données et où sont exécutés les processus… à moins qu’il ne s’agisse de l’ordinateur d’hier ? N’appelait-on pas cela un Terminal X ?
    – La réalité virtuelle est très utile… dès qu’il est utile de simuler la réalité. D’où son succès dans le jeu, l’apprentissage (c’est moins coûteux de simuler un feu réacteur suivit d’une perte d’empennage lors du décollage d’un avion que de casser un piège et de tuer des pilotes), la préparation de constructions (simulation de propagation d’onde avant de placer une Antenne pour Mobiles).
    – La réalité augmentée peut également être intéressante dès qu’elle est compatible avec le contexte. Par exemple, visualiser en temps réel l’intérieur du corps d’un patient projeté sur la peau de ce patient.

    Il me semble que le problème majeur provient du manque de compatibilité avec le contexte réel. Cela s’explique par un manque de culture de l’interaction (il n’y a pas beaucoup de « computer scientists » dans l’industrie non-Américaine) et par un grave manque de connaissance du contexte réel.

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  8. Sur la notion de simplicité et d’interface, Alan Kay (Xerox) a indiqué, il y a longtemps, la piste à suivre : « Simple things should be simple and complex things should be possible ».
    Il y a trop d’interfaces qui essaient vainement de rendre simple des choses complexes.
    En revanche, beaucoup arrivent à faire des interfaces complexes pour des choses simples.
    C’est le drame du développeur de base.

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  9. Bjr,

    Ravi de découvrir ton excellent blog qui va rejoindre mon RSS reader.

    Ton billet me fait aussi immédiatement penser à certains sites à navigation horizontale.

    Le site de la http://www.fondation-nicolas-hulot.org/ me semble un très bon exemple d’une fausse bonne idée (surtout sur la page d’accueil).
    L’agence web essaye d’insuffler un concept innovant en pensant pouvoir faire parler du site, et en oublie l’utilisateur. Dommage…

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  10. Sur le point 1 : j’ai connu une seule interface en une dimension, c’était une bille que l’on faisait glisser sur une tringle.
    Mais dans les IHM que je connais, que chacun de nous fréquente, les interfaces sont toujours en 2D même si elles contiennent quelques éléments 1D (ascenseurs, translateurs) et si elles simulent de temps en temps la profondeur. Enfin pour l’instant il me semble que tout est dans le plan… L’ajout d’une dimension (le saut de ligne, pour commencer), permet de faire tenir plus d’informations dans un même espace. Comme l’a montré Sylvie Tissot aux Entretiens du nouveau monde industriel le mois dernier, la 3D permet par exemple de rendre lisible et compréhensible des opérations de logique quantique complètement impossibles à intégrer autrement.
    Pour moi, la question ne doit pas être pensée trop dogmatiquement, il faut juste étudier, au cas par cas, le rapport entre les capacités offertes par un système de représentation, leur ergonomie à l’usage et l’investissement de temps qu’il faut faire pour les maîtriser.

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    • Quand je parle d’une dimension, cela correspond à l’interaction sur un écran, par exemple utiliser uniquement les flèches haut/bas ou la molette sur ipod pour déplacer le focus.

      « La 3D permet par exemple de rendre lisible et compréhensible des opérations de logique quantique », je vous crois sur parole, mais on est loin des usages grands publics. Je parle simplement de l’ajout d’une dimension, là où ce n’est pas nécessaire. La 3D est utile dans bien des cas, de l’architecture aux analyses statistiques en passant par la représentation des molécules.

  11. Très bien.
    Il manque peut être les commandes vocales en langage naturel. L’iPhone intègre ce mode de commande par exemple. Et on est bien loin de l’interaction du capitaine Kirk avec l’ordinateur de bord ;-)

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  12. Vraiment intéressant (comme souvent sur ton blog), ça aurait été sympa de mettre quelques exemples et liens pour chaque fausse bonne idée

    Sinon pour l’environnement 3D, il y a des cas où c’est parfaitement clair et adapté, je prendrais l’exemple de time machine
    Ok, on pourrait simplement ouvrir une fenêtre avec un tableau, mais faire passer l’utilisateur derrière son OS et faire apparaître les fenêtres qui s’étirent dans l’espace, je trouve ça simplet et vraiment clair sur ce qu’il se passe.

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