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Facturer autrement ?

Jusqu’à maintenant, je facture mes prestations sur une base très classique. Je compte le nombre de jour que la prestation me prendra et je multiplie par mon tarif journalier. Ça pose un problème simple, c’est qu’en devenant expert, je passe de moins en moins de temps sur un projet. Je pourrai augmenter mon tarif journalier mais c’est valable que dans une certaine limite.

Pour infos, à titre indicatif, mon tarif journalier est de 800 € HT.

L’autre inconvénient c’est que mes prestations sont difficilement accessibles pour certains types de projets, d’entreprises qui ont des problématiques intéressantes, mais pas nécessairement les moyens de payer au temps passé.

Qu’est ce que j’aime faire ?

J’avais lu un article (dont je ne retrouve pas le lien) qui présentait le raisonnement de développeurs pour établir un devis. Ils partaient du principe que coder était leur plaisir donc c’était gratuit. Le reste, tout ce qui était plus ou moins ennuyeux (cahier des charges, nombre d’intervenants, et…) ou qui ralentissait le développement était payant.

D’où la question : Qu’est ce que j’aime faire ? ou je n’aime pas faire ?

J’aime faire :

  • Simplifier une problématique bien compliquée
  • Allez voir les utilisateurs
  • Apprendre
  • Concevoir à partir de zéro, guidelines y compris.
  • Les ateliers de travail, à 3 maximum, pour concevoir, échanger, vite et bien.
  • Partager
  • Faire des choses nouvelles, qui sortent de l’ordinaire, de ma zone de confort
  • Rechercher des informations, acquérir des connaissances

Je n’aime pas :

  • Les gars qui me disent comment faire mon métier et veulent « valider » mon travail.
  • Les livrables longs à rédiger « Spécification détaillées de l’interface », avec plein de texte et de détails où il faut être super-précis, sinon ils ne sont pas capables développer.
  • Les cahiers des charges épais comme des dictionnaires
  • Les réunions improductives
  • Devoir travailler chez le client systématiquement, pour faire acte de présence (ça, je n’aime pas du tout, de chez pas du tout !)
  • Les intervenants multiples et variées (MOA, MOE, Hiérarchie, etc..), qui ont tous un avis à donner
  • Qu’on me dise « C’est du bon sens, C’est simple à faire, genre mais pourquoi je te paye », Oui, il est possible de faire pire.

Que je fais, qui m’amuse 5 minutes, mais faut pas exagérer.

  • Les maquettes HTML/CSS, mais pas les 10 versions de corrections qui suivent.
  • Le graphisme, notamment ce qui est typographie où je peux passer du temps à régler des détails
  • La gestion de projet, avec une bonne équipe. Je ne sais pas faire le père fouettard.

Ce n’est pas exhaustif, mais ça donne une idée !

Alors comment établir un devis pour faire ce que j’aime ?

Sans perdre d’argent ou du moins m’y retrouver à la fin de l’année.

Une solution de facilité serait de faire une remise de xx% sur les projets qui me plaisent et un malus pour les autres. Le problème, c’est qu’un même client peut avoir des projets sympas et d’autres pots de pus. Il est alors difficile de justifier les différences de prix.

Il faut donc faire le tri dans les prestations et proposer une grille cohérente en fonction de l’attrait pour moi et de ce que je suis prêt à faire pour quel prix.

À favoriser Neutre À pénaliser
Recherche utilisateur Prototypage HTML/CSS Contractualisation complexe
État de l’art sur un sujet MOE Spécifications détaillées
Analyse de l’activité MOA Rédactions de Rapport.
Analyse des usages Expérimentation Jour de présences chez le client
Tests utilisateurs (passation ou DIY) Respect du délai de paiement Cahier des charges
Workshop utilisateurs Réalisation graphique des écrans, au « pixel prés » Intermédiaire intervenant sur le projet (agence)
Autres méthodologies Hiérarchie, niveaux de validation qu’il faudra obtenir (en n+X).
Maquettage rapide, Wireframe, idéation Réunions (plus de 4 personnes)
Acompte et paiement à réception Délais trop court et rétroplanning

Cela pourrait donner, par exemple, pour les prestations à favoriser :

  • 500 € : État de l’art sur un sujet, restitution orale comprise
  • Gratuit (hors frais divers), le rapport écrit est payant : Analyse l’activité, analyse des usages
  • 1 000 € : Test utilisateur DIY, Organisation (hors recrutement), Passation, Restitution orale.
  • Gratuit : Maquettage rapide, Wireframe, Idéation, architecture de l’information
  • Gratuit + prix du service utilisé : Tri par carte en ligne.
  • Bonus sur la prestation suivante : Acompte, paiement à réception, contractualisation rapide et respectée.

Pour les prestations à pénaliser :

  • 10 000 € par tranche de 50 pages/écrans : Spécifications détaillées de l’interface
  • 5 000 € : Par MOE ou MOA supplémentaire ou intermédiaire intervenant sur le projet.
  • 5 000 € x (Nv – Nc) : Validation par la hiérarchie, Nv = Niveau de validation, Nc = Niveau du commanditaire.
  • 250 € par page : Cahier des charges ou document, site, servant de base « contraignante ».
  • 1 200 €/jour : Présence chez le client, réunions, gestion de projet
  • 10 à 20 % de malus : Rétroplanning, délais trop court
  • 6000 € : Rédaction de rapport (Test, Analyse, Audit)

Pour les prestations neutres :

  • 2 500 € par version, par tranche de 50 pages/écrans : Prototypage HTML/CSS, Réalisation graphique des écrans
  • 500 € /jour : Groupe de travail productif à 3 ou 4 autour d’une table ou à distance.
  • Paiement à la commande pour les prestations de moins 2 500 €

En pratique ça donnerait quoi ?

Je vais reprendre quelques prestations que j’ai réalisées récemment pour voir ce que cela donne en pratique

Pour la conception d’une application iPhone,

  • une première phase en Wireframe : 0 €
  • 50 d’écrans à réaliser graphiquement : 2 500 €
  • un document de spécification détaillé : 10 000 €

Le tout sans validations hiérarchiques, ni réunions inutiles : 12 500 €

Un gros projet de rénovation d’un service dans une grande entreprise, sur deux mois :

  • Groupe de travail hebdomadaire : 9 600 €
  • Réalisation graphique des écrans, 4 versions : 10 000 €
  • Validation par la hiérarchie n+1  : 5 000 €

Au total 24 600 €

Une agence Web demandant un accompagnement sur un gros projet, sur un mois et demi avec présence à l’agence :

  • Analyse des usages : 0 €
  • État de l’art sur la problématique principale : 500 €
  • Présence à l’agence (25 jours) : 30 000 €

Au total 30 500 €, dans ce cas une meilleure évaluation des besoins et la possibilité de télé travailler permettrait de réduire le coût de manière importante.

Maintenant, imaginons une prestation pour une start-up, qui souhaite avoir un point de vue UX sur l’application qu’ils développent :

  • Pas de cahier des charges, mais une courte présentation orale : 0 €
  • État de l’art sur la problématique principale : 500 €
  • Groupe de travail, suivi et « SAV »(4 jours) : 2 000 €
  • Architecture de l’information, Wireframes (réalisé lors des groupes de travail, mis au propre en suite) : 0 €

Au total 2 500 €

Au final

Pour les gros projets, cela ne va pas changer grand-chose, les sociétés ont d’ailleurs la fâcheuse tendance à acheter des livrables et non les compétences d’une personne. Pour les structures plus petites de types agences ou start-up, cela peut être intéressant d’avoir une structure de coût différent leur permettant d’optimiser la demande pour se centrer sur l’essentiel, sur les compétences qu’elles n’ont pas. Faut-il encore qu’elles fassent cette démarche de préciser leurs besoins. Il y a sans doute à aménagement à faire dans cette grille mais cela me parait une bonne base pour commencer à travailler.

De mon côté, ça me permettrait d’attirer des prestations plus centrées sur l’essentiel, sur ce que j’aime faire avec une modification notable de ma clientèle. Après 2 012 et la fin du monde, 2 013 doit bien être l’année du changement ?

Alors qui est partant pour travailler comme cela ?

Auteur :

Consultant Freelance en ergonomie et UX depuis 1999 ! Je travaille sur de nombreux supports, des interfaces WIMP à la télévision en passant par les mobiles, le web pour le grand public ou les professionnels.

13 commentaires Ecrire un commentaire

  1. Super article, je suis pour ma part en train de mettre en place une organisation qui me permettra de travailler en plus de mon emploi régulier (j’ai débuté ça hier), une sorte de portage qui n’en est pas puisqu’en Belgique le portage tel qu’il existe en France est interdit.

    Mon problème est que dans mon secteur géographique, les missions en ergo sont super rares pour ne pas dire quasi inexistantes (ou alors c’est de la production de wireframes sans voir un utilisateur tout le long du projet, je n’appelle pas ça de l’ergonomie).

    On me propose souvent beaucoup d’argent pour faire des choses que je n’aime pas.

    J’avais prévu de te demander comment tu établissais tes factures depuis que j’ai lu ton article sur les clients mauvais payeurs. Et hop, je n’ai même pas le temps de demander que tu expliques non pas comment tu factures mais une excellente alternative.

    Je vais m’inspirer de la formule que tu décris et ce, très très vite.

    Merci beaucoup !

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  2. Excellent article !!! Comme dit Alexis il est très intuitif surtout qu’en tant que Freelance avec moins de 2 ans d’expé on arrive toujours à ne pas savoir comment facturer nos prestations enfin bref je vais m’en inspirer !!!

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  3. Merci Raphaël, c’est très intéressant ! Je vais ajouter tes critères « ça me plaît / ça ne me plaît pas » pour réviser ma grille de tarifs 😉

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  4. Encore un article que j’ai partagé avec grand plaisir sur touitteur 🙂 Merci pour ta franchise car ce sujet de la facturation et des tarifs des freelance est souvent tabou en France. Cette méthode de facturation en fonction du plaisir à travaillé est vraiment intéressante je n’y avais jamais songé. Merci !

    Cela étant, après y avoir repensé je voulais revenir par chez toi afin de partager à mon tour quelques remarques car je vois quelques limites à cette méthode.
    En effet, si je pousse un peu cette logique, cela sous-entend qu’une mission très ciblée, quasi « parfaite » (donc sans côtés négatifs – ex dans ton cas : Recherche utilisateur, Wireframing, Tests utilisateurs) serait facturée à prix très bas (voir gratuitement ? non ?!) puisqu’elle cible des domaines d’expertise que tu aimes particulièrement.

    Or c’est surement également sur ces domaines d’expertise que ta valeur ajoutée est la plus importante puisque c’est ce que tu aimes faire. Donc n’est-ce pas quelque part une méthode de facturation qui tend à dévaloriser ta vraie valeur ajoutée auprès de tes clients ?

    Dernière remarque : J’ai l’impression que pour que le système fonctionne il faut forcément accepter des missions qui comportent des parties de travail à pénaliser (que l’on n’aime pas faire) pour que ces dernières compensent financièrement le reste. Or, c’est précisément ce « reste » (les côtés que l’on aime) qui rend la mission intéressante à mon avis. En fait, j’ai du mal à voir comment adapter cette méthode de facturation à ma propre logique qui est de me spécialiser sur les domaines d’expertise que j’affectionne particulièrement, en délaissant petit à petit le reste (quitte à n’intervenir que ponctuellement, sur des missions plus courtes mais où je m’éclate).

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  5. Je me dis qu’il y a p-ê un facteur à intégrer au calcul : l’expérience / la connaissance du sujet.

    On peut être un grand expert ergonome, mais ne pas du tout maitriser le business de telle ou telle niche.

    Moi j’aime bien me frotter à des domaines que je ne connais pas et donc là où mon expertise est moins facile à mettre en œuvre, et donc je suis moins efficaces sur ces projets que lorsque c’est un domaine où j’interviens souvent et depuis longtemps.

    Dans le premier cas, j’aime ça mais je ne suis pas au top de ce que je peux faire : facturation basse.

    Second cas, je suis efficace, je n’ai pas à apprendre le business du client : je suis efficace rapidement : facturation élevée.

    Reste le cas de petites entreprises qui n’ont pas les moyens de la facturation haute mais qui pourrait proposer des super projets, si on dévalue notre travail et que la boite se développe, il sera ensuite difficile de basculer de la facturation basse à la facturation haute.

    Peut-être que dans ce dernier cas on pourrait envisager une réduction pour les entreprise qui réalisent moins d’un certain chiffre d’affaire ou qui emploi moins d’un certain nombre de salariés.

    En tout cas la remarque d’Aurélien est intéressante.

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  6. Arf, je viens de taper une longue réponse à Aurélien mais j’ai des problèmes réseau au bureau, et je crois que ma réponse à disparue dans les méandres d’internet.

    Je vais faire plus bref :
    Il y a selon moi 2 types de missions que j’aime (bcp de tâches que j’aime et peu que je n’aime pas), celles ou je suis déjà efficace, je connais le business du client, j’interviens souvent dans ce milieu, je suis directement efficace, je peut facturer haut.

    Et il y a les mêmes missions avec autant de tâches que j’aime et aussi peu que je n’aime pas, mais pour lesquelles je ne connais pas le business ou la techno, le chalenge me motive mais je suis efficace moins rapidement, là, il me faut un temps d’adaptation, je facture plus bas.

    Reste les petites entreprises dans mon champ d’activité, là je serais obligé de facturer haut selon mon raisonnement, mais elles ne pourraient peut-être pas se payer les services. Je vois 2 pistes à explorer, facturer moins cher les entreprises avec un CA de moins de… ou employant moins de XX salariés. En fait, il faudrait trouver un critère pour différentier les entreprises qui n’ont pas les moyens de payer une haute expertise.

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  7. C’est une façon inédite de penser sa facturation en fonction de ce qu’on aime ou non faire, des domaines sur lesquels notre expertise est la meilleurs (donc a le plus de valeur) et où on est efficace rapidement… et facturer aussi de manière plus élevée les postes plus ou moins utiles demandés par le client « juste pour se rassurer » ou les postes sur lesquels les clients exagèrent facilement (par exemple les 50 000 corrections d’auteur qui suivent la présentation graphique…). Merci pour cet intéressant point de vue qui incite à la réflexion…

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    • Oui, ça ne marche pas !

      Inexplicable au client, pas du tout dans les habitudes… Donc je fais à l’inverse, je demande le budget et je ne propose pas (ou au minimum) ce qui ne plait pas.

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