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UX, l’innovation invisible ?

Vous trouverez ci-dessous la présentation que j’ai faites à la conférence Flupa UX Day sur le théme de l’innovation en UX. Avec les commentaires en dessous.

  1. Bonjour, je vais vous parler d’innovation et d’UX. C’est plus un retour d’expérience qu’une présentation formelle.
  2. Pour ceux qui ne me connaissent pas, je suis Raphaël yharrassarry et je travaille comme ergonome, freelance depuis le dernier millénaire. Et je travaille notamment en conception sur tous types d’interfaces pour tout public.
  3. Et tant que Freelance, je suis souvent amené à rencontrer de futurs clients pour leur vendre mes prestations. Il se trouve que je suis ergonome et pas commercial donc ce n’est pas toujours évident pour moi de faire le marchand de tapis. Mais il y a une question qui revient souvent et qui me perturbe à chaque fois c’est : « montrez-moi une innovation ? ». Il peut y avoir des variantes « Vous avez fait des projets qui sortent de l’ordinaire ? » « Vous avez créé quoi comme interfaces nouvelles ? »
  4. Quand on me pose cette question moi je pense à ça… Oui, je ne suis pas plus directeur artistique pas plus que commerciale … On y reviendra…
  5. Et le problème c’est justement que le client, enfin maintenant, l’ex-futur client, il était en train de penser à ça !
  6. Ou éventuellement à ça, s’il est allé au cinéma récemment.
  7. Oui, mais ce que ne sait pas le client, c’est que rester les bras en l’air plus à plus de 30° par rapport au torse c’est super fatiguant. Essayez de vous mettre dans la même position que Tom Cruise, Si vous tenez plus d’une minute c’est bien !
  8. Et je ne sais si vous rappelez, mais dans ce film le nom de la victime et le nom du coupable sont marqués sur une boule ? Certains diront c’est génial, c’est une interface tangible, c’est la source de l’internet des objets ou je ne sais pas quoi … sauf que c’est un peu repompé d’un concept d’un designer.
  9. C’est Durell Bishop qui avait eu l’idée en 1992 d’un répondeur, où les messages étaient représentés sous la forme d’une bille.
  10. On pouvait prendre la bille et la placer sur une surface permettant d’écouter le message, ou la mettre de côté pour l’écouter plus tard.
  11. On pouvait aussi la remettre sur le téléphone pour rappeler la personne. Donc c’est resté un concept. Donc voila, Minority report n’est pas si innovant que cela…
  12. Si on prend Iron Man, on trouve des scènes spectaculaires avec des interfaces holographiques. c’est bien pour sélectionner l’objet juste sous la main, mais pour atteindre l’objet en bas à gauche, il faut se baisser et se déplacer !… je ne sais pas si vous avez déjà joué avec une Wii, par exemple au tennis, mais au début vous faites des grands gestes, puis une fois que vous avez pris le coup, vous bougez juste la télécommande ! mais c’est beaucoup moins spectaculaire !
  13. Alors c’est quoi l’innovation ? j’ai trouvé, cette définition d’ Arnaud Groff qui me convient bien. « L’innovation est la capacité à créer de la valeur en apportant quelque chose de nouveau dans le domaine considéré tout en s’assurant que l’appropriation de cette nouveauté se fasse de manière optimale. Il détermine ainsi les trois piliers de l’innovation :
    • la créativité (création de nouveautés relative) ;
    • la valeur (valeur d’estime, valeur d’usage et valeur d’échange) ;
    • la socialisation (maîtrise de la conduite du changement).
  14. Cela correspond bien à l’expérience utilisateur, notamment sur la valeur d’usage et la conduite du changement. Et ça rejoint la notion d’acceptabilité telle que la décrit Jakob Nielsen, avec l’acceptabilité sociale et l’acceptabilité pratique.
  15. Pour en revenir à la question initiale, est que j’aurai un exemple de projet présentant des nouveautés dans un domaine ?
  16. En 2004 et 2005, j’ai travaillé chez Orange, sur un projet appelé « Navel ». Il consistait à créer l’ensemble de l’interface pour un téléphone mobile bas de gamme avec donc des contraintes fortes : petit écran, 128×128 pixels, etc…
  17. C’est un travail colossal, rien qu’avec la conception des services de bases (téléphone, carnet d’adresse, paramètres,..) on avait plus de 600 écrans ! (seulement 48 à l’écran). En soit le projet était innovant car il portait une interface de type WIMP sur téléphone mobile, ce qui n’est absolument pas évident.
  18. Au milieu de ces 600 écrans, il y avait bien quelques fonctions « nouvelles dans le domaine considéré » comme par exemple la messagerie SMS sous la forme d’une discussion chat.
  19. Ou mieux encore : la messagerie vocale visuelle sur mobile. Oui, aujourd’hui, si je vous montre ça, ça paraît évident mais ce n’était pas du tout le cas en 2004.
  20. Personnellement, ça fait un moment que je travaille sur mobile. Et au début, 2000 – 2001 on me disait souvent : « Oui faut prévoir que les téléphones vont être plus grand, ce sera plus facile utiliser. »  Ce qui est intéressant d’observer c’est que la taille des téléphones n’a pas évoluer. La taille et la résolution de l’écran c’est amélioré pour le haut de gamme, mais assez peu pour le bas de gamme. Pourquoi ?
  21. Tout simplement parce qu’il y a un certain nombre d’invariants qu’on ne peut que respecter quand on conçoit pour des humains. Oui, personnellement je conçois pour des humains.
  22. Par exemple, la taille de la main par exemple ne change pas. C’est toujours entre 21 et 18 cm pour la grande majorité des hommes et entre 19 et 16 cm pour les femmes.
  23. Pareil pour la taille des doigts ou la distance entre la bouche et l’oreille. Ce n’est pas près de changer !
  24. Ce sera toujours vrai même en 2270, comme le capitaine Kirk nous le montre !
  25. Pour en revenir à la définition, il y a un point important à prendre en compte. C’est l’appropriation. Depuis que je suis ergonome, j’ai vu pas mal de services, de projets montrés comme novateurs, comme révolutionnaire…Aucun n’est allé au-delà de la porte des laboratoires. Pourquoi ?
  26. Parce qu’il y a aussi des invariants d’ordre psychologique, comme l’empan mnésique ou la théorie de la Gestalt, sont aussi bien valables pour la chasse, compter le bétail dans un champ, la liste des courses que pour le menu d’un site Web.
  27. Régler une catapulte à vue de nez ça marche aussi bien pour faire la guerre que pour massacrer des cochons avec des petites poules. Le but étant bien sûr que l’utilisateur réutilise ses connaissances, du monde réel dans le monde virtuel. Cela va faciliter la phase d’apprentissage, limité les efforts cognitifs à faire pour utiliser le service. C’est une chose qui est souvent oubliée dans l’innovation quand elle est techno-centrée.
  28. C’est d’ailleurs signe, si vous souvenez de l’interface d’un service c’est généralement que vous avez passé du temps à chercher une fonction ou une information. Il est donc probable que l’interface soit médiocre. il faut jamais oublié, En UX, c’est l’expérience qui est mémorable, pas l’interface.
  29. Justement en termes d’interfaces il y a aussi des invariants. En matière d’ordinateur, le triptyque écran, clavier (réel ou virtuel) et souris (ou dispositif de pointage) reste la référence en matière de moyens d’interaction associés à une interface WIMP : Windows Icône Menu Pointing
  30. C’est sans doute lié au fait que nous nous exprimons à travers un langage écrit et que les interfaces WIMP se basent sur des principes de psychologies (métaphores, notion d’objet,…). Les interactions doivent donc passer à travers cette moulinette. Le Web n’est qu’un sous-ensemble réduit des interfaces WIMP. Les tablettes, les smartphones s’appuient bien sur les mêmes principes WIMP.
  31. Il n’y a pas eu de révolution depuis le Xeroc PARC, Il y a eu des évolutions relativement lentes et des améliorations techniques. Je vais vous montrer une vidéo qui de 1980, c’est un extrait d’un journal TV.
  32. (vidéo)
  33. Les différents types d’interfaces ne sont d’ailleurs pas légions, on peut les lister ici :
    • les interfaces WIMP. (exemple : Windows, Mac OS X)
    • Les interfaces hiérarchiques. (exemple : iPod)
    • Les interfaces textes. (exemple : Minitel)
    • Les interfaces en lignes de commandes. (exemple : Unix)
  34. En dehors de ces quatre types d’interfaces qui ont fait leurs preuves, point de salut ! Il existe bien quelques autres types d’interfaces mais pour l’instant, elles ont du mal à sortir des laboratoires. On observe aussi quelques hybridations entre ces différents types d’interface, mais ce n’est généralement pas très heureux.
  35. Un autre invariant, c’est la loi de Hick.
  36. Pour rappel, cette loi, permet de prévoir le temps de réponse en fonction du nombre de choix possible. En clair :
    • Si l’on ajoute un élément à un faible nombre de choix, le temps de réponse va fortement augmenter.
    • A contrario, si on ajoute un élément à un nombre de choix déjà long, le temps de réponse va faiblement augmenter.
  37. Pourquoi je vous en parle…
  38. Pour en revenir à la télécommande. A votre avis combien de temps pour choisir une touche
  39. Alors vous commencez à mieux comprendre en quoi cette télécommande est innovante ?
  40. Je vais situer le contexte. Le premier modèle est celui issu de la R&D avec un bandeau tactile et une reconnaissance d’empreinte. Seulement ça coûte trop chère, donc à le modèle de « référence » qui ne coûte pas grand choses et qui est basé sur modèle standard. Le modèle du concepteur. Puis le modèle quand le marketing est passé par là.
  41. A votre avis qui a le pouvoir de décision chez Free ? C’est la dernière free box qui a été présentée il y a 3 jours…
  42. Le résultat une fois sur le marché ! Quand, on y arrive … Il faut voir qu’entre le modèle du concepteur et la réalisation, il c’est passé 4 ans.
  43. Quand on veut faire une télécommande comme cela, ça entraîne aussi des modifications sur les interfaces qu’il faut aussi rénover. Il faut supprimer tous les éléments liés aux anciennes touches, comme les touches de couleurs ou les touches infos, guide, etc..
  44. Et par exemple, toutes les actions sur un contenu sont disponibles derrière le bouton « Ok ». Ça paraît simple quand je le dis, mais ce n’était pas le cas avant que je passe par là, et vous pouvez comparer sur d’autres systèmes c’est rarement le cas. Donc là encore c’est relativement innovant sur la télévision. Tout le travail de l’ergonome va donc être de gommer ces freins, de faire disparaître la complexité, pour que l’utilisateur se souvienne du film et pas de la complexité de l’interaction pour le louer.
  45. Les cases à cocher sur la télévision ! Ça paraît simple … mais en fait non … On peut penser quand L’utilisateur fait Ok, ça coche et ça ferme le menu comme sur les autres écrans. Sauf que l’utilisateur veut en cocher sans doute plusieurs. Alors on fait comment ? Droite/gauche pour cocher et décocher ? ce n’est pas très intuitif, il faudrait rajouter les flèches ? La solution choisie, c’est simplement Ok permet de cocher la case uniquement et c’est la touche « retour » qui permet de fermer le menu. L’ergonomie se cache souvent dans les détails. Ces détails ne sont pas compréhensibles, ne sont pas perceptibles pour des non-experts. Cela rend difficile la communication, la mise en avant de certains gains apportés à l’expérience utilisateur.
  46. Pour en revenir à la question de base, « Montrez moi une innovation, un projet innovant ? », je pense simplement que c’est difficile de montrer « une absence ». Pour montrer en quoi c’est innovant, il faut alors montrer en quoi c’était obsolète avant. Pour montrer comment c’est simple, il faut montrer comment ça peut être complexe. C’est comme le vin ou le pain, rien de tel que de goûter un gros rouge qui tache, une baguette de supermarché, pour se rendre compte de la qualité d’un vin d’un producteur ou de la baguette au levain du boulanger.
  47. (no comment)

Auteur :

Consultant Freelance en ergonomie et UX depuis 1999 ! Je travaille sur de nombreux supports, des interfaces WIMP à la télévision en passant par les mobiles, le web pour le grand public ou les professionnels.

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