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La méthode des petits pas

Ou comment mettre en place des cycles très courts dans un projet UX.

Depuis quelques années, je suis amené à travailler sur des cycles de conceptions de plus en plus courts. Alors quand je dis court, ça ne veut pas dire bâclé. C’est plus dans l’idée de découper la conception en étapes plus succinctes avec pour chacune des étapes l’implication des utilisateurs et un livrable.

À l’origine, les cycles de conceptions pouvaient être assez longs si on parle des schémas en double diamant ou même de design thinking. Même dans les méthodes agiles, l’accumulation de cycles entre le début de la conception et le résultat pouvait s’éterniser un peu et donc on perdait le fil. C’était globalement compliqué à vendre. La méthode des petits pas est basé sur le principe de faire des étapes qui ont un début et une fin sur temps maitrisé, court, qui soit très accessible, très faisable.

Concevoir un site pour une communauté d’agglomération

Je vais vous donner un exemple, ça sera plus parlant. Il y a quelque temps déjà, j’ai participé à la conception du site d’une communauté d’agglomération. La demande initiale dans l’appel d’offres était du type « Produire X templates, pour x parcours, livrer les pictos, etc… ». Un appel d’offres à l’ancienne ! Et j’ai répondu à côté de l’appel d’offres en proposant 5 cycles courts de conception d’une dizaine de jours à chaque fois. Les cycles sont les suivants :

  • Existant et architecture de l’information
  • Page d’accueil et base UI
  • 2 parcours clefs
  • 3 ou 4 parcours secondaires
  • Voiture balai. Oui je vends vraiment ça comme ça.

En regardant un peu plus dans le détail pour chaque cycle, je vais impliquer des utilisateurs d’une manière ou d’un autre.

  • Sur le premier cycle, j’ai listé les contenus existants et travaillé avec le client pour identifier l’orientation qu’il voudrait prendre. Il avait déjà fait un gros travail en interne de recueil des besoins. Donc on a pu établir la liste des rubriques et réaliser un tri par cartes en ligne en recrutant les utilisateurs sur le site actuel. Avec 90 réponses, on a pu établir l’architecture de l’information du futur site. Assez classiquement, on est passé d’une organisation par services à une organisation du point de vue utilisateur.
  • Sur le deuxième cycle, il fallait attaquer la conception de l’interface. C’est passer par un atelier de co-conception avec une dizaine de personnes, internes et externes à la communauté d’agglomération. L’atelier a permis de dégager des lignes directrices en terme « d’envie » et d’avoir une première structuration de la page d’accueil. Une UI designer a transformé cela en une page d’accueil et un début de piste graphique.
  • Sur le troisième cycle, la page d’accueil a été stabilisée. J’ai fait un test des 5 secondes auprès d’une vingtaine de personnes pour m’assurer qu’elle était bien comprise comme elle devait l’être. Dans le même temps, 2 parcours principaux ont été déclinés, par exemple « Trouver les horaires de la déchèterie la plus proche de chez vous ». Ça permet de décliner plusieurs templates : une liste de lieu, le détail d’un lieu. Que ce soit une déchetterie, une piscine ou une bibliothèque, on aura les mêmes templates de page.
  • Sur le quatrième cycle, les parcours secondaires sont réalisés ce qui permet d’avoir une maquette Figma pour faire des tests utilisateurs sur 5 parcours dans le site. Dans ce cas j’ai utilisé un outil en ligne, Maze, pour réaliser les tests en ligne et en présentiel. Ça permet de gagner beaucoup de temps sur dépouillement des tests même si ça a certaines limites.
  • Le cycle de voiture-balai va permettre de faire les corrections et de livrer proprement l’ensemble des éléments, de finaliser les templates manquants et de prendre le temps de communiquer sur le projet auprès des services qui devront « remplir » le site.

Dans chaque cycle, on essaye de concilier du recueil d’informations, de la conception et de la validation auprès des utilisateurs, pas forcément dans cet ordre-là. Un cycle étant basé sur une dizaine de jours de travail, c’est assez court vu le travail à effectuer, mais en réalité, ça évite de se disperser.

Faire évoluer une application professionnelle

Un autre exemple de petit pas, dans un contexte d’application professionnelle. Je devais faire passer un tableau de bord d’une version ancienne à une version moderne sans casser les habitudes des utilisateurs. Ça s’est déroulé sur un temps long, environ 6 mois, mais au final avec assez peu de jours de travail côté design sur le sujet. C’est les devs qui avaient le plus de boulot !

  • Déjà en amont, j’ai mesuré l’expérience utilisateur sur la version ancienne avec questionnaire MeCue qui m’a permis d’avoir un score juste supérieur à la moyenne et un peu négatif sur certaines échelles. Le questionnaire a été publié sous la forme d’un bandeau dans l’interface.
  • Après, on a mis en place un déploie progressif, avec à chaque fois un questionnaire pour recueillir les retours des utilisateurs. Le déploie progressif c’est fait auprès de 200 puis 1000 utilisateurs, puis tous en gardant en l’ancienne version par défaut, puis la nouvelle par défaut puis suppression de l’ancienne. Et donc à chaque étape, j’ai pu établir un top 10 des irritants qui ont été résolus au fur et à mesure des cycles.
  • Paradoxalement, je pense aussi que le questionnaire a servi de « pot de miel » pour les utilisateurs les plus réfractaires au changement évitant ainsi au support de recevoir quelques demandes véhémentes pas forcément liées aux interfaces d’ailleurs.
  • Une fois la nouvelle version du tableau de bord en place, j’ai remesuré l’expérience utilisateur toujours avec le MeCue, avec une progression des résultats, ouf !

Donc là encore, on est dans une logique de cycles courts, 3 semaines, avec de la conception, de la mesure, de l’implication des utilisateurs avec l’idée qu’on ne va pas tout changer d’un coup, mais que l’on améliore de manière incrémentale.

La méthode des petits pas

Si je résume, l’idée est de réfléchir à une stratégie sur des cycles simples avec un début et un objectif clair en impliquant d’une manière ou d’un autre les utilisateurs. Ça permet de construire les briques une par une et de construire comme ça un projet à la fois solide, mais aussi agile. Rien n’empêche de faire évoluer les briques au cours du projet si les premiers résultats montrent des directions différentes à celle initialement envisagée.

Encore récemment, je travaillais sur un projet numérique pour promouvoir l’éducation artistique et culturelle (EAC). L’idée première était de faire un « le bon coin de l’EAC » afin de mettre en relation les différents acteurs. Le premier cycle d’entretien a mis en évidence que la solution numérique ne convenait pas. Donc pour la suite, j’ai réorienté le projet vers du design de service et comment créer une « communauté de l’EAC » ?

Ça rejoint aussi la méthode FOCUSED proposée par Tristan Charvillat et Rémi Guyot qui se base 7 cycles avec pour chacun un livrable à la fin. On est dans cette logique de faire bien, de dimensionner ce qu’on fait en fonction des moyens disponibles et de ne pas essayer d’en faire trop sur certaines étapes.

Auteur :

Lead UX designer en Freelance depuis le dernier millénaire ! J'aide à concevoir des services, des applications en étant centré sur l'utilisateur et ses usages.

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