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Les freelances, l’entreprise et les achats.

Si dans les pays anglo-saxons le recours à des freelances est une pratique courante, en France, ce n’est pas rentré dans les habitudes des entreprises ou cela ne l’est plus.

Je vais faire mon « vieux » freelance mais il y a dix quand j’ai commencé et pendant plusieurs années je pouvais contractualiser sans problème directement avec France Telecom, à un prix raisonnable souvent négocié avec mon client final (la MOA ou MOE), puis le circuit de négociation, de contractualisation c’est progressivement rallongé, il a fallu passer systématiquement par les achats, puis par des mises en concurrence. Même sur des sujets où la concurrence n’existait pas (par exemple, les interface TV en 2006). Depuis 5 ans environ, il est devenu impossible de contractualiser directement, il a fallu passer par des entreprises ayant des contrats-cadres et prenant donc leurs marges.

Des fois ça se passe bien, comme avec freelance.com, car ils ne font que ça et les marges sont connues d’avance, des fois ça se passe moins bien et les marges sont outrageusement élevées. Les grands groupes ne contractualisent plus avec les freelances. Les niveaux entre le client et le freelance se multiplient.

Plus récemment, j’ai répondu à deux appels d’offres (c’est déjà bien que je les reçoive !). J’ai bien sûr fait des réponses comme il faut, avec une méthodologie en béton, des prix concurrentiel mais résultat « Nous avons retenu une entreprise qui […] Ça nous rassure. » . Il est effectivement probable que les entreprises en questions disposent de commerciaux qui ont su séduire les acheteurs. Mais je retiens surtout le « Ça nous rassure. » que j’ai bien envie de compléter, en toute mauvaise bonne fois, par « de payer plus, pour moins bien. »

Encore beaucoup d’a priori et de mauvaises excuses.

Je peux vous faire une petite liste non exhaustive des a priori sur les freelances :

  1. Un freelance est freelance parce qu’il était au chômage et qu’il n’a pas trouvé d’autres solutions.
  2. Un freelance est indiscipliné, ingérable, remet en cause les décisions etc…
  3. Un freelance peut disparaître à tout moment, ce n’est pas durable, ce n’est pas fiable.
  4. Un freelance c’est cher !
  5. Un freelance c’est incompétent.
  6. Un freelance qui travaille au forfait, ne travaille pas vraiment pour vous. Il fait autre chose.

Je pourrai continuer encore longtemps. Vous pouvez lire cette interview d’un DSI qui est assez révélatrice. Les commentaires sont aussi intéressants à lire. Je cite juste un passage :

Seulement voila, nous, DSI, on ne résonne pas « freelance » ni même « personne qui réalise la prestation », mais on résonne « projet », « continuité » et « gestion à long terme ». Si l’on se penche sur une mission unique, il est clair qu’il y aurait aucune différence à contracter le même consultant en direct pour 30 % de moins. Mais si l’on considère le projet à long terme, nous avons besoin d’un interlocuteur contractuel qui peut garantir une solidité financière dans le temps, une continuité de présence et de service, une centralisation de la documentation / connaissance du projet, des ressources complémentaires et multiples pour les évolutions, un support technique permanent, voir même la capacité de contracter un ou plusieurs autres freelances dans le même domaine si nécessaire. Nous sommes clairement prêts à payer plus cher cette sécurité stratégique.

A croire que les projets sont réalisés par le père Noël. Comme souvent les compétences individuelles sont ignorées, aux profits de grands concepts, de « maux » rassurants. De toute manière, si le projet n’abouti pas c’est de la faute des utilisateurs finaux qui ne savent ce qu’ils veulent ! C’est bien connu.

Remettons les choses à plat !

Pour éclaircir brièvement la situation d’un freelance, il faut bien comprendre que chercher des contrats en permanence ou presque, c’est plus compliqué, plus stressant que de chercher un emploi tout les 5 ou 10 ans en percevant des indemnités.

La meilleure publicité pour un freelance, c’est ses clients ! Il aura donc à cœur que sa mission soit réussie, le service rendu. Cela peut effectivement passer par un moment où il va dire « Non, il ne faut pas faire comme ça, mais comme cela. » et comme il n’y a pas de liens de subordination, il pourra très bien le dire au « grand chef tout puissant qu’il faut caresser dans le sens du poil pour avoir une augmentation » ! Pour une société de service, ce qui prime c’est le respect du contrat (Villette, 2003), pas forcément la satisfaction ou le bénéfice du client final. Donc dans bien des cas, les SSII préféreront se taire et continuer d’exécuter bêtement le contrat en suivant la directive maison « Pas de couilles, Pas d’embrouilles ! »

La relation entre un freelance et son client, est plus simple, plus saine que celle d’un salarié avec son employeur. C’est un prix pour une prestation exécutée par une personne. Il y a un début et une fin. Point ! Rien d’autres, pas d’affectif, pas de paternalisme, pas de promesses non tenues, pas de durée « indéterminée » terminée.

Pour ce qui est des aléas de la vie, un freelance n’est pas plus invulnérable qu’un autre. De toute façon, quel que soit son statut, si il y a un souci avec une personne à un poste clef, cela va être gênant. Seulement, pour un freelance : « un jour pas travaillé = un jour pas payé ». Donc au final, il ne va pas se mettre en arrêt maladie pour des prunes ! Il ne va pas démissionner du jour au lendemain de sa SSII, etc…

Les freelances sont chères ? Si vous passez par deux ou trois intermédiaires, oui sûrement, avec 30 % de marges à chaque niveau, ça va vite ! Maintenant, si vous contractualisez directement avec un freelance, vous ne payez que sa prestation, et pas celle du commercial, du chef de projet, du senior que vous ne verrez jamais qui supervise le junior stagiaire, etc… Un jour payé à un freelance est un jour de travail sur le projet.

Comment se décomposent les charges des freelances en profession libérale ? C’est assez simple, il y a 30 à 35 % de charges obligatoires (Retraite, Assurance maladie, URSSAF, taxe professionnelle), 10% de charges comme les assurances, les télécommunications, les déplacements.

Sachant qu’un freelance avec un agenda bien rempli va facturer 2 jours sur 3 de travaillés (1 facturé sur 2 travaillés plus vraisemblablement). Mais qu’est ce qu’il fait le 3éme jour ? Il va chercher de nouveaux clients, répondre à des appels d’offres, prendre des vacances, se former, tenir un blog, s’occuper de son matériel informatique, de sa comptabilité, faire des factures, faire « des trucs pas prévus dans le contrat, mais qu’on fait quand même parce qu’on le vaut bien ! »

Se rassurer à tout prix !

D’où vient ce besoin systématique des entreprises et de toute la chaîne de décision de se rassurer ? L’arrivé des acheteurs, le retrait des opérationnels dans les processus d’achat ont-ils amélioré les choses ? Les services sont-ils mieux rendus aux utilisateurs finaux ? Des économies ont-elles été réalisées ?

Je ne sous estime pas l’utilité des acheteurs pour la fourniture de produits ou de services très standardisés ou mesurables. Mais dans le cas de prestations intellectuelles, en général et en particulier en ergonomie, cela me paraît aberrant. Comment une personne qui n’a aucune formation, aucune sensibilité dans le domaine, peut-elle juger de la qualité et la compétence d’un prestataire ? Elle va simplement prendre d’autres critères plus classiques tel que le prix, la taille du prestataire, la relation commerciale et divers facteurs rassurants.

Est ce que des économies ont été réalisées ? C’est impossible de trouver des chiffres objectifs, mais ce qui sur c’est que la qualité des services rendus au final ne c’est pas amélioré. J’aurai même tendance à penser que ces économies de bout de chandelles ont entraîné quelques catastrophes qui ont nécessité de dépenser plus que prévus par la suite.

Cette attitude à vouloir tout contrôler, ce besoin de se rassurer, me rappelle aussi la problématique du télétravail qui ne se développe pas en France. C’était mon sujet de mémoire de maîtrise en 1997-1998. Alors qu’Internet c’est depuis largement développé, que les problèmes de transport aussi, le télétravail reste à un niveau proche du zéro. On voit de temps en temps des entreprises communiquer sur le sujet, mais dans les faits, il ne se passe rien. En France, un salarié (ou un freelance) ne travaille que quand il est sous la surveillance direct de son chef !

Imaginons !

Imaginons un projet réalisé uniquement par des freelances ! Sans lourdeurs administratives, que des personnes justes super-compétentes dans leurs métiers ayant à cœur de faire à la perfection leur travail ! Un projet « open-ressource », avec tout le savoir faire, l’expertise, la créativité, l’ingéniosité disponible.

Prenons le risque de faire de confiance aux personnes. Le risque d’être déçu, et surtout le risque d’être agréablement surpris. Le risque de faire les choses différemment, le risque d’échouer, le risque de réussir au-delà nos espérances !

Dans les pays anglo-saxons, le recours aux freelances est vu comme une solution par ces temps de crises. Plus flexibles que d’embaucher un salarié, moins lourd et moins chère que de s’engager avec une SSII ou une autre entreprise, ils permettent de mieux répondre aux besoins fluctuant du marché.

Je rêve qu’un jour de vrais politiques d’achats soient mis en place en direction des freelances ! Oui, je rêve…

Sources :

  • VILLETTE Michel, Sociologie du conseil en management, Ed. La découverte, collection repères Paris, 2003, 122.

Auteur :

Consultant Freelance en ergonomie et UX depuis 1999 ! Je travaille sur de nombreux supports, des interfaces WIMP à la télévision en passant par les mobiles, le web pour le grand public ou les professionnels.

2 commentaires Ecrire un commentaire

  1. Article intéressant (et toujours en ligne, merci). Ça recoupe quelques infos que m’avait donné Julien Ch. à ce sujet. Cependant, j’aurais aimé y lire une estimation du coût d’une prestation freelance ergo/design, même si cela varie en fonction de beaucoup de facteurs suivant les projets. Infos que je n’ai eu qu’à moitié dans le mémoire d’Octobre 2009 sur le marché du conseil en ergonomie (pas d’annexes 😛 ). Comment facture-t-on :
    > Déplacements familiarisation avec un logiciel (préconisations/hypothèses), mise en place de Test-U, traitement de l’infos, recommandations…etc…
    > A la journée ? Au forfait ? A la prestation ?

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    • Il y a en gros deux modes de facturation :
      – à la journée, un prix/jour et un nombre de jour maximum est fixé au début. On facture chaque mois le nombre de jours réalisés. C’est ce qui se pratique quand le contenu de la mission n’est pas vraiment fixé à l’avance.
      – Au forfait, on estime un prix pour une prestation, typiquement, pour des tests utilisateurs, le périmètre est connu, le temps que ça prend aussi. Il est facile d’estimé un prix sans se tromper pour l’ensemble de la prestation.

      Personnellement, j’ai un tarif/jour unique pour toutes les prestations. C’est plus simple à gérer, et plus compréhensible pour le client, mais moins apprécié du contrôle de gestion qui aime les factures compliquées !

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